« Cour de récréation.... | Page d'accueil | Vers l'électricité locale et intelligente : Electranet »

03 avril 2007

Le pari positif

L’écologie est sur le devant de la scène. De plus en plus de personnes adhèrent au constat environnemental. Cette nouvelle "hégémonie", construite sur la culpabilité et la menace entraine des réactions tout aussi impropres. Derrière les querelles scientifiques, c’est un projet de société qui peut émerger... à condition de prendre des risques !


Les problématiques environnementales ne sont pas nouvelles. Cantonnés pendant très longtemps dans la catégorie "utopistes", les écologistes n'avaient que peu d'impact sur l'évolution de la société. Souvent spectaculaires, parfois efficaces, les actions de GreenPeace n'ont jamais influencé l'opinion qu'à la marge. Pourtant, aujourd'hui, l'actualité environnementale n'a jamais été aussi forte et si visible. Qui n'a jamais entendu parler de "réchauffement de la planète", de "Pollution", de "développement durable" ?

Cette montée en puissance des thèmes sur l'environnement s'est faite, il est vrai, sur un mécanisme de peur et de culpabilisation. On nous parle de catastrophes à venir, de désastres en cours, de bouleversements irréversibles. La société de consommation a été montré du doigt. L'entreprise comme le consommateur sont déclarés coupables d'une situation qui échappe à notre contrôle. Tranché, jugé.

On comprends que, par réaction, des voix se fassent entendre pour refuser cette vision des choses. Quoi de plus efficace alors que d'opposer un peur à une autre peur ? C'est ainsi qu'on nous ressort la bonne vieille théorie du complot. On nous imposerait une certaine interprétation de la réalité. C'est la thèse défendue dans son documentaire "The Great Global Warming Swindle" par Martin Durkin. En réponse à Al Gore et sa "vérité qui dérange", Durkin présente ses propres données, ses propres scientifiques pour dénoncer la mise en place d'une idéologie dominante qui interdirait toute contradiction. Sous la querelle scientifique, il y a le refus de croire à UNE vérité et de lui opposer DES vérités.

Le GIEC , pourtant conçu pour faire émerger un consensus sur le changement climatique, n'empêche donc pas la confrontation de thèses contradictoires. En France, les sites et les blogs sur l'environnements sont légions. Les voix discordantes sont rares. Claude Allègre réfute ainsi la thèse selon laquelle le réchauffement climatique serait d'origine anthropique. Jean-Marc Jancovici ne se pose même plus la question tellement l'évidence lui paraît flagrante.

Que penser dans cette confusion ? Se documenter, se faire sa propre opinion... ? C'est évidemment la meilleure manière de se confronter au problème. Mais faut il réellement chercher une vérité ? C'est plus délicat. Chacun a naturellement tendance à rechercher la vérité qui l'arrange. Qui plus est, la complexité du sujet et sa dimension tranversale peut inciter soit à fermer les yeux soit à simplifier au risque de se détourner de la raison. Difficile de ne pas tomber dans le pessimisme le plus fataliste ou de se laisser aller au fanatisme passionné.

Pourtant, c'est la nature même des défis pour l'environnement qui devrait créer l'enthousiasme et l'optimisme. Au fond, le plus important est il de savoir si l'Homme est réellement responsable du réchauffement climatique ? Faut il attendre que la crise soit réelle et prouvée pour avoir envie d'agir ? La conscience écologique qui se développe dans les sociétés occidentales est peut être plus symptomatique d'un manque que d'une peur.

L'Occident a foi dans l'avenir de l'Homme, dans sa capacité à s'adapter et dans le progrès. Cette adhésion est elle profondément remise en cause aujourd'hui. Probablement... mais pas fondamentalement. Ne peut on voir dans l'émergence des thèmes écologiques l'expression d'un manque existenciel ?

La société de consommation a poussé son concept au maximum : la consommation pour seule valeur. L'écologie pourrait elle prendre le relais ? C'est possible. C'est souhaitable. A condition de ne pas tomber dans le même piège. L'écologie ne pourra jamais être la seule valeur. Il faut refonder notre éthique autour de notre rapport au monde (au sens écologique du terme) sans exclure le rapport à soi, à l'autre et au sacré.

Il ne faut pas adhérer à l'écologie par défaut, par peur ou par conformisme. Il faut y voir un vrai projet de société. Un pari positif : celui qui consiste à dire qu'une meilleure prise en compte de l'environnement permettrait à l'homme de vivre mieux, d'être plus heureux. Renouer le lien avec la nature permettrait à l'Etre humain de donner une nouvelle dimension à son humanité. 

Non, il ne faut pas jouer sur les peurs. Que l'on partage ou non le constat environnemental, il faut proposer sans menacer. A tous ceux qui ne jurent que par l'écologie, ne gâchez pas votre énergie à menacer, juger ou accuser. Il faut réfléchir et agir pour le monde de demain. A tous ceux qui réfutent l'urgence écologique, considérez un moment la société d'aujourd'hui et la direction qu'elle suit. Existe-t-il un vrai projet de société capable de vous mobiliser et de vous enthousiasmer ? Et s'il existe, est il satisfaisant ? La "mutation écologique" est un pari. Une prise de risque car elle implique un changement radical de notre mode de vie alors que le bonheur n'est pas garanti. N'ayons pas peur du changement : plus on prend de risque et plus on peut gagner.

Commentaires

"Renouer le lien avec la nature permettrait à l'Etre humain de donner une nouvelle dimension à son humanité."

=> Peut-on dire que la société japonaise, qui a, ancré dans sa culture le rapport à la nature, aurait quelque chose à nous apprendre sur l'équilibre à trouver entre notre société occidentale de consommation et notre lien avec la nature ?

... ou peut-être tous ces nouveaux magasins à-la-Nature & Découverte où l'on peut ACHETER des appeaux et autres fontaines perpétuelles !

Ecrit par : Matthieu | 11 avril 2007


Ecrire un commentaire