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16 octobre 2007

Pour un pragmatisme éclairé

13f4fa94da7b5621855cc9853342d0fd.jpgLa commission sur la libération de la croissance, présidée par Jacque Attali, vient de rendre publique une série de propositions, parmi lesquelles la suppression du principe de précaution de la Constitution française. Cette suggestion, qui émeut à juste titre Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'Etat chargée de l'écologie, soulève forcément l'interrogation de ceux qui souhaitent conjuguer croissance et respect de l'environnement, tant elle semble s'appuyer sur le discours qui assume que la défense de l'environnement s'oppose à la croissance économique.

Ce discours qui oppose des mouvements écologiques naïfs ou utopistes et les tenants d'un pragmatisme économique (qui eux, connaissent le réel fonctionnement des choses), est la conséquence d'une double confiance aveugle : la confiance dans les progrès techniques, et la confiance dans "le marché".


Quand la commission Attali propose de supprimer le principe de précaution, nulle doute qu'elle doit faire plaisir à tous ceux qui ne voient dans ce principe qu'un frein (réel) au développement économique. Le principe de précaution oblige en effet à prévenir les éventuels impacts environnementaux d'un projet, et par conséquence en augmente le coût. Voilà qui est fâcheux pour les industriels du BTP, de la chimie, sans parler des multinationales de l'agro-alimentaire ou des laboratoires de recherche.  A cette vision s'oppose celle de la mise en oeuvre, grâce à ce principe, d'un cercle vertueux au cours duquel le risque rencontré peut se transformer en une opportunité de création de valeur (financière, environnementale ou sociale), comme le suggère Nathalie Kosciusko-Morizet : "Le principe de précaution est un axe, non pas pour casser l'industrie ou interdire la recherche, mais au contraire pour inventer une nouvelle économie, pour trouver des avantages concurrentiels sur de nouveaux secteurs". 

 

3e2aa0bda31b1198bd1768bf5737627f.jpgL'autre écueil des écolo-sceptiques repose sur une foi aveugle dans les progrès de la science. A ce titre, le récent discours de George Bush ("Il était dit que nous faisions face à un choix entre la protection de l'environnement et la production d'énergie en quantité suffisante. Aujourd'hui, nous savons mieux. Ces deux défis ont une solution commune : la technologie"), analysé par Hervé Kempf pour lemonde.fr, est un exemple éloquent des limites de ce raisonnement, qui repose en réalité sur une volonté d'immobilisme qui pourrait bien s'avérer funeste. Selon Bush, du  charbon propre au nucléaire de 4ème génération en passant par le solaire et l'éolien (bizarre qu'il ne parle pas de l'hydrogène), les prochaines innovations devraient nous permettre de répondre au défi posé par le réchauffement climatique. Fin du débat.

Cette vision unidimensionnelle de la problématique ("Seul le progrès technique nous permettra de remédier au réchauffement climatique", déclarait en février Laurence Parisot) permet (et c'est sans doute le but recherché) de s'affranchir de toute réflexion sur les comportements humains qui sont à l'origine de la pollution (surconsommation, course à la croissance), et du nouveau projet de société qui pourrait découler d'une véritable prise de conscience (lire notre article d'avril 2007 : le pari positif). En effet, bien souvent, les discours scientistes masquent la réalité de la situation (ce en quoi ils ont un point commun avec les discours marketing). Bien sûr, l'efficacité énergétique a augmenté drastiquement ces dernières années. Les voitures consomment moins, de même que les ordinateurs, les machines à laver, etc etc. Nous devons nous en féliciter. Mais l'empreinte écologique globale ne cesse d'augmenter. 

Cette foi dans la technologie semble aussi irrationnelle que le terrorisme écologique dénoncé par ceux qui reprochent aux mouvements de défense de l'environnement de prendre en otage les libertés individuelles (leur liberté de polluer ?), et semble encore plus dangereuse quand elle est accompagnée (dans le cas de Vaclav Klaus par exemple) par un discours qui prone le laisser-faire : "Grâce à l'avancée technologique, à l'augmentation de la richesse disponible, à la rationalité des institutions et à la capacité des pays à s'organiser eux-mêmes, le degré d'adaptation du genre humain a augmenté de façon manifeste. Cette adaptabilité va continuer à augmenter et va permettre de solutionner n'importe quelles conséquences potentielles liées à des changements climatiques modérés". Laissons faire le système, inutile de réguler, l'adaptabilité devrait suffire....

 

S'il est de notre devoir de nous méfier de l'intégrisme écologique, l'écueil inverse doit lui aussi être évité. les propositions parfois iconoclastes (décroissance) ou dérangeantes (taxe carbone, moratoire sur les OGM) des ONG environnementales pourraient être des pistes intéressantes et à la mesure des nouveaux défis qui s'annoncent, en tout cas plus que des formules incantatoires sur des hypothétiques progrès technologiques. Ces propositions sont bien souvent le fruit de véritables réflexions sur le fonctionnement même de nos sociétés. Une fois encore, la question posée est finalement bien celle du projet et des objectifs suivis. Sans cette mise au point, les progrès techniques, si impressionants soient-ils, risquent d'être de peu de secours. Comme le dit Hervé Kempf, "une politique de "gérant responsable" conduit à appliquer dès aujourd'hui le moyen le plus efficace et disponible [pour s'attaquer au réchauffement climatique], qui est de réduire la consommation d'énergie". Le pragmatisme n'est peut-être pas là ou on le croit...

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