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28 septembre 2007
Contre l'intégrisme écologique

Dans le cadre du Grenelle de l'Environnement, Le Monde publiait hier une interview de notre ministre de l'écologie, du développement et de l'aménagement durables, Jean-Louis Borloo: [Il y a ] « Une urgence écologique mais aussi démocratique. Si nous attendons d'être au pied du mur, les démocraties seront-elles en mesure de gérer une pénurie imposée ? Ce sera d'une brutalité extrême. Il est encore temps de prendre les choses à bras le corps. On ne peut pas parier sur une solution technologique miracle qui résoudrait tout. L'écologie, c'est le seul combat laïc obligatoire et universel. »
Un "combat laic obligatoire et Universel". Voilà des mots qui donnent à réfléchir et soulèvent quelques questions.
A l'avenir, les démocraties vont devoir apprendre à gérer des pénuries qui soumettront à rude épreuve leur mode de fonctionnement. Avec M. Borloo, on peut se demander si les démocraties sauront s'adapter aux contraintes imposées par l'environnement sans remettre en cause un de leurs principes fondamentaux : la liberté individuelle.
Par « combat laïque », doit-on entendre que l’Ecologie est une anti-religion ? La rapidité et l’engouement provoqué par l’Ecologie au cours des dernières années a bien quelque chose de dogmatique. Serions-nous face à une religion scientifique, alliant le technique et le naturel, mais une religion quand même ? Les réactions de certains peuvent le laisser croire, et associer les termes de « combat » et « laïque » n’est pas sans rappeler l’autre combat, à savoir celui contre le terrorisme (qui associe « combat » et « religion »). Est-ce à dire que ceux qui ne sont pas « pour » l’Ecologie sont « contre » ? Tels des Sans-Culottes en salopette et bottes des champs, les « pros » traqueraient, serpes à la main, les « antis » ? Un avenir qui reste incertain, un engouement de masse, une philosophie qui se propose de donner un sens à la vie : les ingrédients d’une religion sont tous réunis. Dieu était omnipotent et universel, l’Ecologie sera « obligatoire et universel[le] » ?
Il est évident que la façon dont la machine écologique semble s’emballer n’est pas sans rappeler les réactions post-september 11. Dans l’urgence et dans la peur, on a vu passer des amendements brimant les libertés individuelles.
Cependant, le réchauffement climatique est une réalité, et la responsabilité de l’Homme n’est plus à démontrer. Il est donc plus que temps de poser la question de sa place et des conséquences de ses activités sur la Terre. On peut y voir l’occasion de repenser notre mode de vie, et de le rendre plus « humain » (là encore les mots se jouent de nous !). L’humanité de l’Homme se mesure-t-elle à sa capacité d’interagir avec son environnement ?
L’engouement récent pour l’Ecologie met-il en péril la démocratie ? Nous pensons que non. Clairement, nous arrivons à un tournant qui nécessite la révision de nos modes de production (on parle d’ailleurs de cycle), et de notre économie, mais toujours dans le respect des principes démocratiques. Toute remise en question est suivie de sa cohorte de détracteur, conservateurs, adhérents, promoteurs, etc. Chaque décision prise déclenche en toute logique des conflits, et il nous appartient de rester vigilants dans la manière de les régler. Il existe certainement un risque de voir certains lobbies / personnes / associations profiter de cette mutation pour imposer des directives qui les favorisent au détriment du reste, mais est-ce une raison pour tout arrêter ?
Pour conserver sa légitimité, l'enthousiasme écologique doit rester en marge du dogmatisme, faire preuve de pragmatisme, et accompagner le changement, plutôt que de se livrer à la contestation perpétuelle et la remise en cause systématique des rouages des sociétés dites développées.
09:05 Ecrit par Olivier Teillac dans Analyses | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : démocratie, écologie, environnement, réglementation
Commentaires
Je le trouve très intéressant cet article, mais je ne comprends pas vraiment le dernier paragraphe de conclusion...? Enfin, je pense que cela mériterait plus de précisions sur l'opposition dogmatique/pragmatique... et l'allusion qui y est il me semble sous-entendue...?
Quant au rapprochement avec le terrorisme, cela me paraît un peu tiré par les cheveux...: le terrorisme actuel est EN PARTIE le fait de religieux extrémistes, mais le terrorisme ne naît pas de la religion en elle-même. En outre, le terrorisme s'attaque majoritairement aux démocraties car cette cible est en effet plus facile à atteindre en raison, justement, des libertés individuelles dont bénéficient ses citoyens. Le réchauffement climatique touche lui, tout le monde. Et en la matière, ce sont essentiellement les démocraties qui polluent, et les autres pays moins développés et souvent moins démocratiques, qui en pâtissent...
Je pense pour ma part que la liberté des uns commence là où cesse celle des autres: depuis trop longtemps les pays occidentaux et développés ont pris de trop grandes libertés avec les pays moins avancés. Et parler de mise en oeuvre des mesures écologiques comme des restrictions individuelles, c'est oublier que cela vise à éviter l'apocalypse, et non pas à la créer. Cela me fait donc penser que tout le monde est d'accord pour dire qu'il faut faire quelque chose, mais que dès qu'il s'agit de faire des efforts individuels et se "contraindre" un peu dans le sens du changement, alors beaucoup sont absents... C'est se placer dans un paradigme individualiste pur qui ne peut considérer le tout comme un ensemble et comprendre qu'en effet, pour avancer actuellement dans le bon sens, les mesures doivent être fortes et montrer l'exemple...
Ecrit par : So-Ann | 30 septembre 2007
Bonjour So Ann,
Merci pour ce commentaire.
L'objet de l'article est avant tout d’étudier la façon dont l’écologie est parfois vécue ou véhiculée par/dans la société.
Pour ce qui est du terrorisme, on ne peut nier qu'il est un peu extrême d’arriver à parler de "Combat laïc obligatoire et universel" dans le cadre d'un compte-rendu de concertations dans un pays démocratique. On ne choisit pas les mots qu'on utilise par hasard, surtout en politique.
Comme vous le soulevez avec justesse, tout terrorisme n'est pas d'origine religieuse (il suffit de regarder à côté de chez nous pour s'en rendre compte : ETA, IRA, etc.). Cependant, je ne crois pas que les leaders des groupuscules sus cités aient jamais ressentis le besoin de préciser que leur mouvance était laïque...
Enfin, nous pensons également qu'il est plus que temps d'agir dans le sens du développement durable, que notre mode de vie va obligatoirement en sentir les conséquences, et ce parfois dans le sens d'une augmentation des contraintes.
Pour ce qui est du rôle des "méchantes démocraties pollueuses", et de leur développement assuré par l'exploitation des "gentils pays pauvres totalitaires", j'avoue être un peu plus sceptique et me méfie de la campagne de culpabilisation soutenue par certains. Je préfère également attendre de voir ce que l'Inde et la Chine vont concrètement faire, dans le sens de l'écologie ou du développement... Sans compter que pour d'autres, cette frénésie du "écologiquement viable" n'est qu'une occasion de plus de brimer les pays sous-développés...
Ecrit par : Olivier Teillac | 01 octobre 2007












