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02 octobre 2007
La dématérialisation, moteur de la croissance verte ?
Une étude de la société suisse Estia-Via, spécialiste de l'analyse de l'impact environnemental du transport présente les avantages du commerce électronique (tournées de livraison partagées, pas de déplacement vers un magasin) et les gains qu'une société comme Telemarket (qui est l'évident commanditaire de cette analyse) permet de réaliser sur ce sujet.
Relatée par Jean-Michel Billault, cette étude démontre l'évidente supériorité environnementale de l'achat en ligne sur le bon vieux déplacement au supermarché. Les chiffres sont éloquents (émissions de CO2 divisées par 8,3, économies d'énergies totales correspondant aux besoins en éclairage de la ville du Havre), mais méritent quand même de prendre un peu de recul pour être analysés.
L'enthousiasme partagé de Mr Billault et de Telemarket (qui se fend bien entendu d'un communiqué de presse dithyrambique) doit être relativisé, car elle compare (et c'est assez logique) un achat sur Telemarket à un achat "traditionnel", et ne tient pas compte du cas (sans doute assez fréquent) du citadin qui achète en ligne. Soit un parisien qui ne possède pas de voiture, qui faisait auparavant tous ses achats à pied, et qui fait désormais ses courses sur Telemarket : nul besoin de faire appel à une société de consulting pour voir que, dans ce cas, la consommation énergétique (et l'émission de CO2) est augmentée par le service rendu par Telemarket (qui reste utile, j'en conviens, et je le re-précise !).
La relation (parfois trop) évidente entre dématérialisation de l'économie et défense de l'environnement est relativisée par de nombreux spécialistes (voir par exemple cette étude de l'Institut Français de l'Environnement qui sensibilise sur ce raccourci simplificateur). Le rapport du groupe de réflexion 6 du Grenelle de l'environnement le dit : "L’enjeu économique de la politique environnementale n’est donc pas de promouvoir une économie désindustrialisée, mais une économie plus sobre en carbone, en énergie et en ressources naturelles non renouvelables". Jean-Marc Jancovici (ici ou là) cite en exemple le rapport de 2001 du GIEC, dont les études montrent qu'il n'est pas actuellement possible d'établir une corrélation entre une dématérialisation de l'économie et une baisse du transport. Le secteur des services est bien trop vaste et divers pour rendre cette causalité réelle (cf le secteur des services à la personne). Le graphe suivant est issu du site de Jean-marc Jancovici :

Au risque d'enfoncer une porte ouverte, le problème posé est donc bien celui de la relativité des usages les uns par rapport aux autres, et donc du remplacement d'un usage (prendre sa voiture pour aller faire ses courses) par un autre (commander sur un site en ligne). Tant que l'un ne remplace pas l'autre, le gain pour l'environnement n'existe pas (contrairement à ce que Telemarket veut faire croire), même si l'on constate par ailleurs que l'intensité énergétique du PIB est de moins en moins grande (voir cet article).

Reconnaissons donc aux compagnies de commerce en ligne le mérite d'offrir la possibilité de générer de la croissance verte (un descriptif plus vaste du concept de dématérialisation est détaillé chez ecoconso.be), ce qui est en soit une bonne nouvelle (ne boudons pas notre plaisir). Une fois ce constat fait, il est important de ne pas confondre la croissance verte et le marketing vert...
11:40 Ecrit par Benjamin Rondeau dans Analyses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : grande consommation, grande distribution, eCommerce, dématérialisation
Commentaires
Bonjour, Je suis tout à fait d'accord avec votre vision. En effet, sauf erreur, l'étude que vous citez en Suisse n'est pas complète et tous les éco-bilans concernant les sites de vente en ligne ont un bilan malheureusement plutôt mitigés jusqu'à aujourd'hui. La valeur d'usage n'étant que partiellement remplacée. Source : société EcoIntesys Life Cycle Systems (http://www.green-e.ch)
Ecrit par : steudler | 06 décembre 2007












