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09 octobre 2007
Neutralité carbone: mode d’emploi
Article écrit et proposé par Diane Simiu.

Attention toutefois à ne pas jeter bébé avec l’eau du bain : toutes les approches de la neutralité carbone ne se valent pas, et, sous réserve de respecter certaines règles, une entreprise (ou un individu) résolument décidée à compenser volontairement ses émissions pourra le faire de façon réellement bénéfique pour l’environnement.
Avant de sortir son carnet de chèques, afin de s’éviter les reproches traditionnels faits aux mécanismes de compensation, et parce que charité bien ordonnée commence par soi-même, l’entreprise doit d’abord réaliser des efforts d’économie d’énergie et de réduction d’émissions en interne (par exemple en s’attachant à réduire les déplacements professionnels). Elle pourra ensuite envisager l’achat d’électricité dite « verte », ainsi que de certificats d’économie d’énergie, ou certificats blancs (le calcul des économies d’émissions ainsi réalisées, dépendant entre autres choses du mix énergétique du pays, est loin d’être simple…)
Dans un deuxième temps, l’entreprise devra établir un inventaire précis des émissions liées aux activités ou aux projets qu’elle souhaite rendre « neutres ». Elle peut choisir d’inclure dans le périmètre ses seules émissions directes, ou de prendre également en compte les émissions liées à sa consommation d’électricité et aux déplacements professionnels de ses employés, ou encore, s’il s’agit de rendre un produit « neutre », les émissions liées à son cycle de vie.
Une fois cet inventaire établi, il est possible de calculer
la quantité d’émissions à compenser. L’entreprise peut alors se mettre en quête du ou des projets à financer et choisir selon quels critères retenir ceux dans lesquels investir. Le critère le plus important est « l’additionalité financière» : un acheteur peut ainsi choisir de n’investir que dans des projets qui n’auraient pas eu lieu sans le revenu lié aux ventes de crédits de réduction d’émissions. Le choix de la technologie est également crucial : la plupart des investisseurs « sérieux » évitent de participer aux projets de type plantation d’arbres en raison de la controverse sur la « permanence » des réductions d’émissions. Les rockeurs britanniques du groupe Coldplay par exemple en ont fait l’expérience quand ils ont investi dans des crédits de réductions d’émissions qui finançaient la plantation d’arbres afin de compenser les émissions liées a la production de leur dernier album. Ils ont ainsi découvert qu’une grande partie de ces arbres étaient morts, relarguant le carbone accumulé dans l’atmosphère. Certaines entreprises choisissent de ne pas investir explicitement dans des projets visant la réduction des émissions de gaz industriels (N2O ou HFC-23) en raison du faible bénéfice en termes de développement pour la population locale. En effet, le niveau des bénéfices secondaires (emploi, sante, éducation dans le pays où se situe le projet, le plus souvent un pays en voie de développement) peut être utilisé comme critère pour choisir un projet. Enfin, la plupart des acheteurs exigent que les promoteurs du projet s’engagent à ne pas vendre le même crédit de réduction d’émission à deux (ou plus) acheteurs.
De nombreux acteurs du marche ont conscience du problème de crédibilité des mécanismes de compensation volontaire et ont développé des standards afin d’améliorer la transparence du marché et la cohérence des projets pouvant légitimement générer des crédits d’émissions. Les standards les plus reconnus sont le Voluntary Carbon Standard, créé par le Climate Group et l’International Emissions Trading Association, et le Gold Standard, initié entre autres par le WWF. Ces standards imposent des règles en matière d’additionalité, de comptabilisation des crédits d’émission générés et de vérification. Le gouvernement anglais prévoit également d’établir un standard gouvernemental pour les mécanismes de compensation volontaire.
D’après la Banque Mondiale, le marché de la compensation volontaire valait plus de 80 millions d’euros en 2006 (State and Trends of the Carbone Markers 2007). Un tel marché pourrait jouer un rôle important dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre, d’autant plus qu’il peut couvrir des domaines qui ne sont pas inclus pour l’instant dans les mécanismes de flexibilité prévus par le protocole de Kyoto, tels que la séquestration carbone et la prévention de la déforestation (la déforestation et l’agriculture sont responsables de plus de 40% des émissions globales de gaz à effet de serre). Le financement de ce dernier type de projets en particulier permettrait l’afflux de capitaux en Afrique, qui a beaucoup moins bénéficié des mécanismes de développement propres prévus par le protocole de Kyoto que l’Asie ou l’Amérique du Sud, et s’accompagnerait de bénéfices secondaires importants en matière de protection de la biodiversité et d’aide aux populations locales.
Gageons que les candidats à la neutralité carbone vont rapidement gagner en maturité et en vigilance, et sauront poser les bonnes questions au lieu de sortir leur portefeuille à la première mention de la molécule magique « CO2 ». Les beaux jours des charlatans de la neutralité carbone seront alors derrière nous, et le cynisme pourra laisser place à un optimisme prudent.
Auteur: Diane Simiu
Dans un deuxième temps, l’entreprise devra établir un inventaire précis des émissions liées aux activités ou aux projets qu’elle souhaite rendre « neutres ». Elle peut choisir d’inclure dans le périmètre ses seules émissions directes, ou de prendre également en compte les émissions liées à sa consommation d’électricité et aux déplacements professionnels de ses employés, ou encore, s’il s’agit de rendre un produit « neutre », les émissions liées à son cycle de vie.
Une fois cet inventaire établi, il est possible de calculer
la quantité d’émissions à compenser. L’entreprise peut alors se mettre en quête du ou des projets à financer et choisir selon quels critères retenir ceux dans lesquels investir. Le critère le plus important est « l’additionalité financière» : un acheteur peut ainsi choisir de n’investir que dans des projets qui n’auraient pas eu lieu sans le revenu lié aux ventes de crédits de réduction d’émissions. Le choix de la technologie est également crucial : la plupart des investisseurs « sérieux » évitent de participer aux projets de type plantation d’arbres en raison de la controverse sur la « permanence » des réductions d’émissions. Les rockeurs britanniques du groupe Coldplay par exemple en ont fait l’expérience quand ils ont investi dans des crédits de réductions d’émissions qui finançaient la plantation d’arbres afin de compenser les émissions liées a la production de leur dernier album. Ils ont ainsi découvert qu’une grande partie de ces arbres étaient morts, relarguant le carbone accumulé dans l’atmosphère. Certaines entreprises choisissent de ne pas investir explicitement dans des projets visant la réduction des émissions de gaz industriels (N2O ou HFC-23) en raison du faible bénéfice en termes de développement pour la population locale. En effet, le niveau des bénéfices secondaires (emploi, sante, éducation dans le pays où se situe le projet, le plus souvent un pays en voie de développement) peut être utilisé comme critère pour choisir un projet. Enfin, la plupart des acheteurs exigent que les promoteurs du projet s’engagent à ne pas vendre le même crédit de réduction d’émission à deux (ou plus) acheteurs.De nombreux acteurs du marche ont conscience du problème de crédibilité des mécanismes de compensation volontaire et ont développé des standards afin d’améliorer la transparence du marché et la cohérence des projets pouvant légitimement générer des crédits d’émissions. Les standards les plus reconnus sont le Voluntary Carbon Standard, créé par le Climate Group et l’International Emissions Trading Association, et le Gold Standard, initié entre autres par le WWF. Ces standards imposent des règles en matière d’additionalité, de comptabilisation des crédits d’émission générés et de vérification. Le gouvernement anglais prévoit également d’établir un standard gouvernemental pour les mécanismes de compensation volontaire.
D’après la Banque Mondiale, le marché de la compensation volontaire valait plus de 80 millions d’euros en 2006 (State and Trends of the Carbone Markers 2007). Un tel marché pourrait jouer un rôle important dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre, d’autant plus qu’il peut couvrir des domaines qui ne sont pas inclus pour l’instant dans les mécanismes de flexibilité prévus par le protocole de Kyoto, tels que la séquestration carbone et la prévention de la déforestation (la déforestation et l’agriculture sont responsables de plus de 40% des émissions globales de gaz à effet de serre). Le financement de ce dernier type de projets en particulier permettrait l’afflux de capitaux en Afrique, qui a beaucoup moins bénéficié des mécanismes de développement propres prévus par le protocole de Kyoto que l’Asie ou l’Amérique du Sud, et s’accompagnerait de bénéfices secondaires importants en matière de protection de la biodiversité et d’aide aux populations locales.
Gageons que les candidats à la neutralité carbone vont rapidement gagner en maturité et en vigilance, et sauront poser les bonnes questions au lieu de sortir leur portefeuille à la première mention de la molécule magique « CO2 ». Les beaux jours des charlatans de la neutralité carbone seront alors derrière nous, et le cynisme pourra laisser place à un optimisme prudent.
Auteur: Diane Simiu
09:30 Écrit par Matthieu Berthion dans Analyses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : neutralité carbone, carbone, effet de serre, développement durable, bilan carbone, CO2 |
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