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30 octobre 2007
La nouvelle Querelle des Anciens et des Modernes

De l’autre, nous avons les partisans d’une redéfinition de la croissance, qui placerait l’environnement au coeur de ses préoccupations. Sans renier les forces du marché ou l’innovation technologique, cette approche s’impose comme premier défi de changer des comportements. C’est la thèse défendue par le Pacte Ecologique de Nicolas Hulot, son représentant le plus médiatique, mais développée et argumentée initialement par des chercheurs comme Dominique Bourg.Le terrain d’opposition entre ces deux visions s’est cristallisé récemment sur la nécessité de conserver ou non le principe de précaution. Ce principe est aujourd’hui défini ainsi par la loi : « l'absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder l'adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles [..] à un coût économiquement acceptable ». Ce principe, qui n’est pourtant pas né hier, a été intégré dans la Charte de l’Environnement en 2005. La commission Attali vient d’en proposer la suppression.
Si, du point de vue des partisans de la croissance «classique», on peut comprendre que le principe de précaution apparaisse comme «une notion farfelue», on a du mal à croire que tout le monde le considère comme une «ânerie». Ce raccourci , qui ne fait pas honneur à l’honnêteté intellectuelle de son auteur, démontre encore une fois l’anachronisme qui sclérose une conception tournée vers le passé. L’opposition « à tout prix » à l’application du principe de précaution est symptomatique d’une incompréhension: les règles de l'ancien système sont aujourd'hui dépassées. D’ailleurs, quand bien même on accepterait une croissance du «toujours plus», le principe de précaution resterait au pire un frein, au mieux une assurance. Comment alors comprendre que l’ancien grand patron d’AXA, Claude Bébéar, s’élève contre un principe dont il a fait son métier ? A notre connaissance, les primes d’assurances ne sont pas payées une fois que la catastrophe est arrivée…Pour les partisans d’une croissance « moderne », une croissance du «toujours mieux», le principe de précaution prend tout son sens. Il ne sert pas à freiner mais à orienter. «Ce n’est pas un principe d’inaction». Certes, transposé sur l’histoire des sciences, le principe de précaution peut apparaître contradictoire avec les découvertes. A un petit détail près : jamais l’Homme n’a eu autant de moyens à sa disposition de détruire son environnement et de mettre en péril sa propre existence. Les succès d'hier n’ont rien à voir avec les risques potentiels d'aujourd'hui que font peser sur l’humanité entière les nanotechnologies, le nucléaire ou les OGM. Ce n’est pas un problème de nature mais de degré. Les conséquences d’une innovation sont aujourd’hui démultipliées dans un monde désormais largement ouvert et interdépendant.
Schématisons. Le principe de précaution, c’est de regarder à gauche puis à droite avant de traverser la route. Il ne s’agit évidemment pas de rester où l’on est. Si celui qui traverse tout de suite a des chances d’arriver un tout petit peu plus tôt, il risque plus sérieusement de se faire écraser. Or, en matière de sécurité routière, on le sait, la vitesse est le premier facteur d’aggravation des accidents. Dans un contexte d'accélération rapide du progrès technique, sans remettre en cause son bien fondé, il paraît pertinent de se préserver de l’accident dont la violence nous dépasserait.En conclusion, rappelons que le principe même de précaution est aujourd’hui sous observation. La querelle des Anciens et des Modernes du 17ème siècle se focalisait sur la forme plus que sur le fond. La nouvelle querelle qui nous occupe se focalise bien plus sur le fond que sur la forme. Pourtant, et c’est la conviction de Croissance Verte, il apparaît nécessaire d’arrêter de s’interroger systématiquement sur le rapport de force entre écologie et économie. L’opposition de l’un contre l’autre ne pourra faire que des perdants, et ne permet plus d'analyser la situation de notre planète dans sa globalité. C’est une erreur aujourd’hui de demander à une commission de plancher sur la croissance sans inclure dans son cahier des charges la dimension environnementale. C’est un succès d’intégrer toutes les parties prenantes, y compris économique, dans une concertation nationale sur l’environnement. La croissance verte reste à définir, à préciser, à concrétiser. Il y a toute une planète à réparer ! C’est un fabuleux défi dont le succès est conditionné par la réconciliation de l’écologie et de l’économie autour de ce qui aurait dû rester leur préoccupation première : l’Homme.
16:05 Ecrit par Olivier Bazin dans Analyses | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : environnement, économie, écologie, principe de précaution, attali
Commentaires
Il est aussi surprenant que la commission Attali n'ait pas intégré dans ses rangs des spécialistes de la question comme Jean Gadrey par exemple...
Ecrit par : So-Ann | 31 octobre 2007
Jean Gadrey est trom "marqué" politiquement, non ?
enfin je le découvre seulement, et meme si je suis séduit, je doute qu'il aie sa place dans une telle commission.
malheureusement, sans doute...
Ecrit par : benjamin | 02 novembre 2007
C'est surtout qu'on fait croire à tous que le principe de précaution = principe de l'inaction... alors que c'est tout son contraire. Le principe de précaution à la base, c'est le principe de l'action. En attendant d'avoir des conclusions, il faut pérserver dans la recherche, les études...
Ecrit par : David de Tout allant vert | 08 novembre 2007












