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12 novembre 2007

Recycler le marché

d0867aa1275839063dc2e4f03a26ce82.jpgLa semaine de la réduction des déchets s'achève en France dans la plus grande confidentialité. Si l'abus marketing des "Semaine de ..." y est probablement pour beaucoup, on ne peut que regretter le manque de visibilité d'un sujet sur lequel la France a un énorme retard à combler. Il y a là pourtant une opportunité économique et stratégique à saisir. Avec les énergies nouvelles, le transport et le bâtiment, le recyclage est probablement un des plus grands secteurs porteurs de demain. 


L'intérêt majeur du recyclage, c'est qu'il concerne tout le monde : les entreprises, l'État comme les particuliers. Il s'agit d'un thème transversal qui amène logiquement à une refonte de nos modes de production ET de consommation. Il faut en effet ne jamais oublier que "recyclable" ne veut pas forcément dire "recyclé". Il y a tout une chaîne à mettre en mouvement. Tous nos produits de consommations quotidiens devront désormais passer ce filtre : recyclable ou pas ? Recyclé ou non ? Notons d'ailleurs à cette occasion que le meilleur "recyclage", c'est avant tout de... réutiliser. Par exemple, recycler les bouteilles de verre, c'est bien. Les réutiliser c'est beaucoup mieux. (l'abandon des consignes de verre en France est un scandale qu'il va falloir réparer). Le recyclage ne doit s'imposer que lorsque la transformation du déchet s'impose pour son utilisation ultérieure.

Au delà de la simple modification de comportement, il y a un potentiel économique fantastique. La France possède déjà quelques champions comme Veolia Environnement ou le groupe CFF  mais ce n'est pas suffisant. Il faut accompagner la transformation de notre industrie vers ce nouveau débouché. La France doit acquérir un savoir-faire pour devenir, pourquoi pas, l'usine de retraitement des déchets de l'Europe. Quels avantages ? Ils sont nombreux. D'abord, cela impliquerait d'importer des produits à faible valeur, les déchets, pour exporter des produits valorisés, matières premières et matériaux. Ensuite, cela nécessite de stimuler notre Recherche et Développement en vue de repenser le cycle de vie de nos produits : de l'écoconception à une production fondée sur des matières recyclées. La technologie y joue un rôle fondamental. Enfin, et c'est un gage non négligeable d'indépendance économique, une industrie de "service" (de transformation) s'adapte plus facilement aux aléas conjoncturels de l'économie qu'une industrie de "produit" (de production).
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Cette analyse n'est pas neuve mais elle devient de plus en plus d'actualité. On serait surpris de savoir quel pays possède aujourd'hui une longueur d'avance sur ce marché : La Chine ! S'appuyant à la fois sur une main d'oeuvre bon marché nombreuse et une activité industrielle en forte croissance, "l'atelier du monde" a pris les devants. De son côté, la France a fait un grand premier pas lors de son grenelle de l'environnement.  Contrairement à l'énergie, au transport ou au bâtiment, le marché du recyclage est un de ceux qui peuvent se développer librement par l'offre et la demande. Il faudra cependant en "assumer" le coût. Les banques doivent soutenir financièrement les industries. L'Etat doit stimuler fiscalement l'orientation des choix stratégiques vers une écologie industrielle. Les syndicats doivent préparer la main d'oeuvre à changer de métier. Les industriels doivent oser les changements radicaux. Le succès dépend de la capacité de tous ces acteurs à s'entendre pour une réorientation massive de l'appareil productif et au consommateur/électeur à jouer son rôle d'arbitre. Il faut imaginer que demain Renault devienne le premier concepteur de voitures recyclables ET recyclées !


Finalement, dans l'économie de la rareté qui s'annonce, le risque d'un investissement sur le marché du recyclage est quasi nul. Mieux, le développement du recyclage est un moyen de faire évoluer le marché par ... le marché ! Il nous pousse entre autre à redessiner nos conceptions de l'industrie. Recycler le marché par le marché du recyclage : la boucle est bouclée.

Commentaires

Oui pour réduire les déchets il faut rétablir la consigne des récipients en verre et en plastique et imposer leur reprise par les distributeurs.
Il faudrait également que dans tous les magasins il y ait un lieu ou le consommateur pourrait se débarasser de tous les suremballages des produits achetés.

Ecrit par : ababord | 12 novembre 2007

Tu soulèves un point très intéressant : recyclable ne veut pas dire recyclé, et souvent les industriels en jouent et s'en lavent lesmains par la suite.
Exempel sur les programmes "verts" des constructeurs automobiles, qui valorisent des voitures "recyclables à 95%" (exemple du Blue Lion de Peugeot).
mais personne ne dit si cetet voiture sera effectivement recyclée...

Ecrit par : benjamin | 12 novembre 2007

Oui. Les responsables marketing aiment mettre en avant le côté "recyclable" d'un produit sans se préoccuper de savoir s'il sera recyclé. Par ignorance ? On veut le croire. L'intégration des ONG au sein du BVP (bureau de vérification de la publicité) devrait corriger cet "excès". On l'espère en tous cas.

J'insiste sur deux points importants selon moi :
- la qualité du recyclage dépend à la source de la qualité du triage des déchets...
- "Recycler", ça vient après "réutiliser" et "réparer". Dans ces deux derniers points, il y a aussi beaucoup de potentiel d'un point de vue économique : Main d'oeuvre et savoir-faire...

Ecrit par : Olivier Bazin | 12 novembre 2007

Sur cette différence entre recyclé et recyclable, voir la supercherie du dernier journal gratuit du DD... Imprimé sur papier... recyclable... lol:-)

Sinon, pour le tri des déchets c'est bien, mais certains centre villes comme celui de notre très cher Monsieur Juppé ne sont toujours pas pourvus en matière de tri... La raison? Des intérêts économiques qui n'apprécieraient guère, du côté des incinérateurs, se voir enlever une partie de leur input... Ben oui, on parle de gros sous...
http://bhrumeur.blog.lemonde.fr/2007/10/20/grenelle-incinerateurs-et-interets-des-acteurs/

C'est dommage non...?

Ecrit par : So-Ann | 12 novembre 2007

C'est très dommage en effet.

So-ann, ton article montre bien qu'il ne s'agit pas uniquement d'un simple problème de comportement du consommateur. Si la responsabilité individuelle est certes engagée, c'est la responsabilité politique qui semble la plus défaillante... alors qu'évidemment, c'est d'elle dont nous avons le plus besoin. Et notamment pour résister au lobbying de certains acteurs.

Je comprends la "résignation impuissante" de certains dans mon entourage face à cette réalité. On demande beaucoup aux individus alors que ni l'Etat ni les Entreprises ne sont vraiment "exemplaires".

Al Gore, dans un edito publié dans Métro aujourd'hui, résume le point parfaitement : "la volonté politique est une ressource renouvelable". A condition d'en faire bon usage !

Ecrit par : Olivier Bazin | 12 novembre 2007

Tout comme toi, je trouve qu'on a pas beaucoup parlé de cette semaine et c'est vrai que même en souhaitant être un consomm'acteur, on a parfois du mal à limiter notre quantité de déchets tellement le nombre d'emballage est important.

Ecrit par : belinunda | 13 novembre 2007

J'ajoute que, mieux que recycler, il faut ré-utiliser !
ca coute moins cher en énergie.

l'exemple du verre est à ce titre frappant : une bouteille peut servir une tonne de fois avant d'etre recyclée... ce n'est malheureusement pas la cas.

Ecrit par : benjamin | 13 novembre 2007

L'action politique est cruciale, et c'est aussi là que l'on voit que malgré le Grenelle, si les dirigeants n'ont rien intégré, cela ne change rien! Vive les low cost en Corse n'est-ce pas!:-)

Ecrit par : So-Ann | 13 novembre 2007

So-Ann : je suis complètement d'accord avec toi. Dans le cas de la Corse, c'est de courage politique dont nous manquons.

Belindula : Le choix n'est pas simple en effet pour réduire sa quantité de déchet. Par exemple, en ce qui me concerne, je suis grand consommateur de yaourts. Je n'ai pas d'autres alternatives !!!

Il faut le reconnaître ... faire un choix sans avoir l'impression de se "restreindre" est une chose très difficile.

Ecrit par : Olivier Bazin | 13 novembre 2007

Il faudrait également arrêter de produire du "jetable" à tours de bras. Je pense notamment aux téléphones portables, dont la durée de vie est de 18 mois en moyenne...Or les opérateurs / constructeurs ne les récupèrent que très rarement, la plupart du temps ces appareils finissent à la poubelle !
Alors, oui au recyclage, mais avant tout oui à des biens de consommation durables, solides et fiables, oui à l'allongement du cycle de vie des produits. Mais ça ne va pas faire plaisir aux équipes marketing...

Ecrit par : Aurélien | 13 novembre 2007

Je me trompe peut être, mais je crois que la consigne n'est pas très performante d'un point de vue écologique. Notamment car on transporte beaucoup de vide et qu'il faut ensuite nettoyer les bouteilles, ce qui est consommateur d'eau et de produits divers.
Dans la collecte actuelle, le verre est transporté cassé (me semble-t-il).

Je reste bien sur en accord avec vous tous, il faut commencer par réutiliser. J'ajouterai, chez soi !

Ecrit par : Olivier - Quotidien Durable | 16 novembre 2007

Aurelien, je te conseille un article paru recemment sur le site de Wired (magazine de geek s'il en est) qui denonce le scandale de l'e-junk - ces dechets electroniques dont la quantite augmente au rythme des innovations et qui sont souvent exportes dans des pays du tiers-monde ou leur vie s'acheve dans des conditions environnementales et sanitaires affolantes.
www.wired.com/culture/lifestyle/commentary/theluddite/2007/11/luddite_1122
En Europe, la situation est un peu moins dramatique depuis la mise en place de WEEE (ca sonne comme une console de jeu, mais c'est une directive europeenne: Waste Electrical & Electronical Equipments Directive), qui impose aux fabricants la responsabilite du financement des operations de collecte, traitement, valorisation et elimination non polluante des equipements electriques et electroniques au pro-rata des quantites mises sur le marche. L'essentiel de la responsabilite repose sur les producteurs; neanmoins les consommateurs ont egalement leur role a jouer, en particulier en retournant les vieux equipements chez les distributeurs et en ne les jetant pas comme tout autre dechet. A ne pas oublier si vous recevez un nouveau grille-pain ou une nouvelle console a Noel.

Ecrit par : Diane | 09 décembre 2007

"Recyclé" et "recyclable" sont bien deux adjectifs que les entreprises usent, reusent et abusent ! Aujourd'hui la plupart des matériaux faits à base produits recyclés ne sont pas recyclables.
Exemple : le gazon synthétique !
Seule une norme et des sanctions associées pourront éventuellement porter ces fruits...

Plus d'informations sur le blog RECYCLIC : www.recyclic.fr

Ecrit par : Anne | 19 juin 2009


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