« Conférence : du Commerce Equitable a l' etiquetage carbone quels reperes pour le consommateur responsable ? | Page d'accueil | Stratégie pour un futur souhaitable »
19 mai 2008
Viele Grüße aus CarbonExpo
A Cologne vient de s’achever CarbonExpo, le plus important rendez-vous des acteurs des marchés carbone. On y a vu pendant 3 jours, entre autres, les développeurs de projets MDP (mécanisme de développement propre[1]) discuter avec les acheteurs de crédits de réduction d’émissions (fonds d’investissement « carbone », entreprises soumises à des quotas, participants volontaires friands de neutralité), et les cabinets d’avocats et de conseil spécialisés offrir à boire à leurs clients.
Parmi les thèmes récurrents dans les conversations et dans les panels de discussion, l’avenir incertain du MDP. Les marchés carbone ont beau être en plein essor (64 milliards de dollars en 2007, plus du double de leur valeur en 2006), en l’absence actuelle de certitudes sur l’aboutissement des négociations au sujet d’un accord pour succéder au protocole de Kyoto (échéance: 2012), l’inquiétude commence à poindre parmi les investisseurs et développeurs de projets MDP. La demande de crédits menace en effet de s’essouffler à partir de 2012. La possibilité pour les entreprises participant au système européen d’échange de quotas d’émissions, qui représentaient la grande majorité des achats de crédits en 2007, d’utiliser des crédits en provenance de pays en voie de développement risque d’être sévèrement limitée à partir de 2013, comme le suggère la proposition de directive de la Commission européenne datant du 23 janvier 2008. Outre-Atlantique, le débat sur la possibilité pour les entreprises américaines d’utiliser des crédits d’émissions venant de l’étranger pour remplir leurs obligations dans le cadre du futur (hypothétique, mais très probable) système fédéral de quotas d’émissions fait rage. Un tel système ne sera vraisemblablement pas opérationnel avant 2014. A cela s’ajoutera la demande en provenance du Japon, peut être également de l’Australie et du Canada, et des marchés volontaires (entreprises et individus en quête de neutralité carbone), mais ces volumes risquent d’être faibles en comparaison.
A l’incertitude sur le volume de la demande s’ajoute celle sur l’évolution du MDP. Tout en reconnaissant que le MDP a été un succès jusqu’à présent, de nombreux acteurs, en particulier les ONGs, réclament une évolution dans l’accord qui doit remplacer le protocole de Kyoto après 2012. Il est ainsi vraisemblable que certains types de projets présentant peu d’avantages socio-économiques pour la population locale, ou dont l’additionalité[2] est contestable, ne soient plus acceptés.
Toute cette incertitude à de quoi rendre frileux les investisseurs, d’autant plus qu’ils sont confrontés à des délais administratifs pour la validation de leurs projets qui s’élèvent actuellement à deux ans. Ils craignent que l’offre de crédits n’excède largement la demande, ce qui mathématiquement conduirait le prix du crédit, qui se situe actuellement entre 7 € et 15 €/tCO2-eq, à chuter. La présence de près de 3 000 personnes à une conférence de 3 jours pour discuter d’un marché qui représente moins de 5% de la capitalisation du CAC 40 peut être à la fois interprétée de façon optimiste ou pessimiste : optimiste, car elle témoigne de la confiance des acteurs du marché dans l’avenir, et pessimiste, car il est probable que certains entrepreneurs qui se sont lancés à corps perdu dans l’aventure carbone, persuadés d’être sur le coup du siècle, n’en ressortiront pas indemnes.
Le risque est alors un ralentissement de l’investissement vers les pays en voie de développement dans le cadre du MDP, qui est à ce jour le seul dispositif existant pour encourager les réductions d’émissions de gaz à effet de serre dans ces régions. Ce qui serait d’autant plus dommage que tous les experts s’accordent à dire que dans la lutte contre le réchauffement climatique, tout effort est bon à prendre, et qu’une réduction aujourd’hui vaut mieux que de deux « tu l’auras » (ou qu’une réduction demain).
Le secteur prive a montré qu’il est mobilisé et prêt à jouer son rôle pour assurer la fluidité et le bon fonctionnement des marchés carbone. Il incombe désormais aux politiques de faire preuve de courage et de mener à bien le processus entamé à Bali en décembre pour parvenir à un nouvel accord international sur la lutte contre le réchauffement climatique.
14:55 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Commentaires
Pour compléter sur le MDP, un extrait du doc "Deux fois 20 pour 2020" de Janvier 2008 de la Comission Européenne
"Le risque existe qu'une utilisation trop fréquente des MDP diminue l'efficacité du SCEQE (système d'échange de quotas d'émissions) en augmentant l'offre de crédits et, par voie de conséquence, en réduisant la demande de quotas; en outre, elle incite moins les gouvernements et les entreprises à encourager les réductions d'émissions à l'échelle nationale. Cela risque également de limiter la capacité du SCEQE à agir en tant qu'élément moteur de la réalisation de l'objectif en matière d'énergies renouvelables.
Dans le cadre du nouveau SCEQE, les entreprises pourront toujours recourir aux MDP mais l'utilisation des crédits générés par ce mécanisme sera limitée aux niveaux utilisés au cours de la période actuelle couverte par le système.
Cela permettra de renforcer l'accès à ce mécanisme lorsqu'un accord international aura été signé, un élément capital pour que l'UE puisse se rapprocher rapidement de l'objectif plus ambitieux de 30 % de réduction des GES si un accord international est conclu. "
Ecrit par : Helene | 21 mai 2008












