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12 juin 2009

Crise écologique : L'Homme est il coupable ?

4166AQS18QL._SS500_.jpgLe débat qui s’est installé sur Croissance Verte à la suite de l’article «  Home, et après ? » a permis de soulever une question qui dépasse largement le sujet du film évoqué.  L’Homme est-il  coupable ou victime de la crise écologique actuelle ? Pour répondre à cette question, il faut sortir du simple cadre économique habituel auquel les polémiques autour de l'écologie sont trop souvent réduites. Il s'agit ni plus ni moins que de confronter deux "visions" différentes de ce qu'est l'humanité.


Plaçons nous d'un strict point de vue scientifique... c'est à dire ici de biologiste. Reconnaissons alors que l'espèce humaine se comporte effectivement comme toute espèce animale. Ses actions n'auraient d'autre but que d'assurer sa survie par la recherche d'une maîtrise de son environnement. Au même titre que les sauterelles, l'espèce humaine n'aurait d'autre choix que de s'adapter à une Nature avide de conserver son propre équilibre. La sélection naturelle à laquelle il est ainsi fait référence entrainerait, par son efficacité,  un renforcement des inégalités entre espèces du vivant. Au final, la domination extrême d'une espèce sur son milieu finit par provoquer sa perte. Jared Diamond parle d' "Effondrement ". S'il vient un jour à disparaître, l'Homme ne sera en définitive que la victime d'un processus de rééquilibrage que la Nature impose à tout ce qui est "trop dominant" pour assurer l'équilibre entropique du système. La Nature se charge seule de trouver ce point d'équilibre …et le fait à son rythme. L'Homme est donc dans son rôle. C'est sa nature même qui explique (justifie ?) son comportement. L'ampleur de ses destructions sur son environnement ne serait qu'une question de degré et pas de nature. Le problème semble donc résolu car, un animal peut il être coupable ?

 

La réponse est dans la question : l'Homme est-il vraiment un animal comme les autres ? Répondre relève d'un choix éthique et philosophique. Quels que soient les arguments invoqués, la réponse est clairement négative. Ce qui fait la grande différence entre l'animal et l'Homme c'est que ce dernier a conscience de lui-même. Il est capable de mesurer les conséquences de ses actes d'un point de vue moral. Il a la capacité de décider. C'est le fameux "libre arbitre"... cadeau empoisonné qui place sur ses épaules son plus lourd fardeau : la responsabilité.  

 

L'Homme serait coupable car responsable ? L'Homme s'est en effet tellement convaincu de sa spécificité (Le fameux « cogito » de Descartes) qu'il a estimé pouvoir quitter sa place dans l'ordre naturel. Pire, il a fini par se considérer "Comme maître et possesseur" de la Nature. La faculté de penser serait son seul mais puissant moyen pour s'émanciper de son état de nature. L'état actuel du monde est le résultat de cette erreur sur laquelle s'est appuyée toute la pensée Occidentale depuis le XVIIème Siècle. Non content de se considérer au "centre du monde", l'Homme se déclare au dessus de lui. S'il est coupable de quelque chose, c'est avant tout d'avoir limité sa vision du monde à un anthropocentrisme radical. L'humanité a tellement bien "travaillé" que la question de la survie de l'espèce ne s'est plus posée. Elle est même devenue secondaire face à la satisfaction de ses plaisirs. Le renforcement de la  crise écologique amène heureusement à s'y intéresser à nouveau.

 

Pour autant, une erreur ne doit pas en appeler une autre. Si l'Homme ne doit pas oublier sa place au sein de la Nature, il ne s'y réduit pas non plus. Il ne faudrait pas tomber dans le piège qui ferait de l'Homme un simple rouage d'une grande mécanique qui le dépasse, dépourvu de toute volonté propre, esclave de sa nature, c'est à dire de la Nature. Dans son livre "Et si l'aventure humaine devait échouer", Théodore Monod tire un constat alarmant sur le degré de "maturité" de l'Homme et rappelle son lien fondamental à la Nature en tant qu'espèce.  Pour autant, c’est  à plus de "Civilisation" qu’il aspire .... Il demande un Homme plus humble car parfaitement conscient à la fois de sa place dans la nature et de sa responsabilité à son égard. Il souhaite que l’homo devienne véritablement sapiens.

En définitive, la question se pose-t elle vraiment de savoir si l’Homme est condamné à disparaître de son propre fait ou parce que la Nature l’y condamne ? L’état actuel de nos connaissances  tend à prouver effectivement que nous ne représentons pas grand chose à l'échelle de l'histoire de la planète. D'autres espèces ont dominé avant nous, d'autres le feront après nous. Pourtant, la capacité de l’Homme d’appréhender son univers par la pensée lui offre une liberté qu’aucune espèce vivante connue n’a pu revendiquer. Pour exercer pleinement cette liberté, l’Homme doit faire un choix, celui d’assumer sa responsabilité. Une responsabilité vis-à-vis de lui-même, des autres et vis-à-vis du monde qui l’entoure… C’est peut être là l’objet d’une véritable politique de civilisation.

 

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MAJ 12/06/2009 17:37


Pour prolonger la réflexion de cette note, on pourra lire dans Le Monde daté du 13/06/2009 le point de vue d'Edgar Morin  "changer le rapport de l'homme à la nature n'est qu'un début" qui répond selon moi à celui de Luc Ferry "Réconcilier régulation, développement durable et globalisation".

Commentaires

Très bon article, je le lie sur mon dernier billet. Merci

Ecrit par : Raffa | 11 juin 2009

Beau paradoxe en effet : les Lumières qui ont démarré le mouvement que tu décris doivent être celles qui apportent la solution....

Ecrit par : Benjamin | 11 juin 2009

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Ecrit par : Léa Weinbaum | 15 juin 2009

"la domination extrême d’une espèce sur son milieu finit par provoquer sa perte"
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As-t-on un exemple concret et réaliste pour illustrer un postulat aussi extravagant, svp ? Je ne vois ni la logique, ni l'illustration d'une perte d'espèce à cause de son surnombre ou de sa "domination extrême" (ce qui est pour le moins vague pour un raisonnement supposé scientifique).

Ecrit par : miniTAX | 19 juin 2009

C'est la thèse défendue typiquement par Jared Diamond concernant certaines sociétés humaines.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Effondrement._Comment_les_sociétés_décident_de_leur_disparition_ou_de_leur_survie

Ecrit par : Benjamin | 19 juin 2009

Le seul exemple d'effondrement par des causes internes (prétendue dégradation environnementale) donné par Diamond est l'île de Pâques. En supposant que c'était comme il l'a décrit (ce qui n'est pas le cas, des spécialistes de l'Ile comme les époux Orliac qualifient la version de Diamond de manipulation grossière de l'Histoire), la thèse de l'effondrement n'est pas tenable vu qu'il y a plus de 2.000 îles du Pacifique habitées par le même peuplement d'origine qui ne connaissent pas d'effondrement.

Michel Orliac n'a pas de mot assez dur pour décrire une telle pseudo-science: http://www.linternaute.com/science/environnement/interviews/06/orliac/retrans-chat.shtml

"Que pensez vous de toutes ces publicités actuelles qui utilisent l'histoire du peuple de l'île de Pâques ( de sa soit disant "autodestruction") pour mieux vendre leur produit ?

Cette imbécillité nous a plongé, Catie et moi dans une grande colère. Les Pascuans auront donc tout subi, les difficultés du climat, la méchanceté des Hommes (leur population a été privée de la moitié de ses membres par des raids esclavagistes en 1863), les maladies (ce qui restait de cette population a presque entièrement disparu à la suite d'épidémies entre 1864 et 1871), elle a été victime des éleveurs de moutons etc. Nous y reviendrons peut-être, et enfin, cette population est taxée sans arguments d'inconséquence, d'imprévoyance, de bêtise fatale... Je trouve que c'est beaucoup, pour des gens qui se sont établis là où personne d'autre qu'eux mêmes n'aurait pu s'installer ! "

Ecrit par : miniTAX | 19 juin 2009

Un autre exemple, alors :

En 1916, cinq cerfs Sika furent installés sur l'île Jam, près de Vancouver. L'écologie leur convenait, ils y vécurent si bien que, en 1955, on en comptait trois cents, magnifiques et en parfaite santé. Lorsque, soudain, ils tombèrent malades et disparurent en moins de trois ans.

Aucune raison médicale ou accidentelle de mourir, pas de prédateurs, écologie parfaite. C'est un endocrinologue qui a découvert la cause de leur élimination : leur succès adaptatif ! Les cerfs, heureux dans ce pays de cocagne, avaient tant proliféré qu'ils ne parvenaient plus à exécuter leurs rituels d'interaction. Le grand espace était trop réduit. L'harmonisation des brames n'était plus possible, car tous criaient en même temps. Et leur surnombre avait détruit les pâtures qui leur convenaient auparavant.

C'est leur succès adaptatif qui avait provoqué le phénomène de surpâture qui les affaiblissait.

Ecrit par : Hervé | 21 juin 2009

"Les cerfs, heureux dans ce pays de cocagne, avaient tant proliféré qu'ils ne parvenaient plus à exécuter leurs rituels d'interaction."
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C'est une explication très poétique mais qui, sans plus d'éléments (réf. de l'étude ou des études voire méta-analyse) reste du domaine de la conjecture.
Un taux de consanguinité aussi fort conjuguée à une maladie virale se développant dans un espace confiné d'une île (pas de possibilité d'échapper à la contamination) peut parfaitement expliquer une éventuelle extinction sans que la population ait le temps de s'adapter, si extinction il y eut vraiment.
Quand bien même l'explication éthologique était vraie, c'est très loin d'être généralisable vu que bien d'autres espèces ont dominé leur milieu sans connaître d'extinction (sans intervention de l'homme) : l'éléphant d'Afrique, le lapin introduit en Australie, le bison d'Amérique après la disparition de la mégafaune, le cabillaud d'Atlantique...

Le serf Sika est une espèce invasive qui prospère partout sur la planète. Ignorer cela pour ne prendre qu'un exemple très particulier et non validé scientifiquement pour en faire un postulat ("la domination extrême d’une espèce sur son milieu finit par provoquer sa perte") est une faute de raisonnement, surtout après la fraude intellectuelle concernant l'Ile de Pâques.

Quand la théorie est indigente au point que ses défenseurs ont recours à l'exagération et au déni de réalité, il est grand temps de se poser des questions.

Ecrit par : miniTAX | 22 juin 2009

Je me pose beaucoup de questions à ce sujet - comme de nombreuses personnes je l'espère. Merci, avec cet article vous apportez un peu de souffle nouveau à ma réflexion...

Ecrit par : bilan thermique // Esra | 01 juillet 2009

"Plaçons nous d'un strict point de vue scientifique... c'est à dire ici de biologiste. Reconnaissons alors que l'espèce humaine se comporte effectivement comme toute espèce animale. Ses actions n'auraient d'autre but que d'assurer sa survie par la recherche d'une maîtrise de son environnement"

Cet article est basé sur la postulat ci-dessus, et qui est un postulat tout à fait subjectif.
Il me semble qu'aborder l'homme par le seul biais de la biologie est largement insuffisant. C'est fait plus loin, mais la biologie, comme la psychologie, la sociologie, l'histoire... reposent sur des théories qu'il convient d'utiliser avec un peu de recul.
Et affirmer que l'espèce humaine, comme toute espèce animale n'aurait d'autre but que que d'assurer sa survie par la maitrise de son environnement est pour le moins lapidaire, et même probablement erroné.
D'abord, dire qu'une espèce animale aurait un but relève d'une croyance en un but à la vie. Or, si les membres d'une espèce peuvent avoir un certain nombre d'instincts, donner un but à une espèce relève de la projection sur la nature d'un schéma humain individuel.
Ensuite, une espèce n'assure pas sa survie. Les individus qui la composent assurent la reproduction de leurs gènes. Les être vivants ne sont que les "avatars des gènes" et ils sont des vecteurs.
Pour ce qui est de maitriser son environnement, l'exemple des criquets ravageurs montre qu'une espèce exploite le reste de la nature jusqu'à arriver à ses limites.

Ceci pour dire que le schéma dit "naturel" ne tient pas. Car ce qui domine chez l'homme, et c'est bien dit, c'est sa conscience d'être. L'homme sait qu'il est et conçoit les troubles qu'il inflige à la nature.

Pour finir, il y a un concept que je ne comprends pas bien. Cela fait 4,5 milliards d'années que l'évolution est à l'oeuvre et que la nature change. Et certains parlent toujours d'équilibre. La nature n'a pas d'équilibre. Tout change tout le temps. La notion d'équilibre est arrivé par le biais des math qui nous ont montré la solution possible de certains systèmes complexes. Mais comment peut-on parler d'équilibre quand on trouve des fossiles de crustacés en Bourgogne? La nature ne s résume pas à l'équilibre proie/prédateur...

Ecrit par : PierKa | 08 juillet 2009

On va tous mourir! La pollution deviendra la force absolue devant la nature!

Ecrit par : Meuf virtuel | 05 octobre 2009

Très bon article, c'est un peu dommage de ne pas avoir plus souvent de vos news... En tout cas, effectivement, l'homme semble devoir être victime de sa propre évolution....

Ecrit par : Sys enr Panneaux solaires | 08 janvier 2010


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