Recycler le marché

La semaine de la réduction des déchets s’achève en France dans la plus grande confidentialité. Si l’abus marketing des « Semaine de … » y est probablement pour beaucoup, on ne peut que regretter le manque de visibilité d’un sujet sur lequel la France a un énorme retard à combler. Il y a là pourtant une opportunité économique et stratégique à saisir. Avec les énergies nouvelles, le transport et le bâtiment, le recyclage est probablement un des plus grands secteurs porteurs de demain.

L’intérêt majeur du recyclage, c’est qu’il concerne tout le monde : les entreprises, l’État comme les particuliers. Il s’agit d’un thème transversal qui amène logiquement à une refonte de nos modes de production ET de consommation. Il faut en effet ne jamais oublier que « recyclable » ne veut pas forcément dire « recyclé ». Il y a tout une chaîne à mettre en mouvement. Tous nos produits de consommations quotidiens devront désormais passer ce filtre : recyclable ou pas ? Recyclé ou non ? Notons d’ailleurs à cette occasion que le meilleur « recyclage », c’est avant tout de… réutiliser. Par exemple, recycler les bouteilles de verre, c’est bien. Les réutiliser c’est beaucoup mieux. (l’abandon des consignes de verre en France est un scandale qu’il va falloir réparer). Le recyclage ne doit s’imposer que lorsque la transformation du déchet s’impose pour son utilisation ultérieure.

Au delà de la simple modification de comportement, il y a un potentiel économique fantastique. La France possède déjà quelques champions comme Veolia Environnement ou le groupe CFF mais ce n’est pas suffisant. Il faut accompagner la transformation de notre industrie vers ce nouveau débouché. La France doit acquérir un savoir-faire pour devenir, pourquoi pas, l’usine de retraitement des déchets de l’Europe. Quels avantages ? Ils sont nombreux. D’abord, cela impliquerait d’importer des produits à faible valeur, les déchets, pour exporter des produits valorisés, matières premières et matériaux. Ensuite, cela nécessite de stimuler notre Recherche et Développement en vue de repenser le cycle de vie de nos produits : de l’écoconception à une production fondée sur des matières recyclées. La technologie y joue un rôle fondamental. Enfin, et c’est un gage non négligeable d’indépendance économique, une industrie de « service » (de transformation) s’adapte plus facilement aux aléas conjoncturels de l’économie qu’une industrie de « produit » (de production).

Cette analyse n’est pas neuve mais elle devient de plus en plus d’actualité. On serait surpris de savoir quel pays possède aujourd’hui une longueur d’avance sur ce marché : La Chine ! S’appuyant à la fois sur une main d’oeuvre bon marché nombreuse et une activité industrielle en forte croissance, « l’atelier du monde » a pris les devants. De son côté, la France a fait un grand premier pas lors de son grenelle de l’environnement.  Contrairement à l’énergie, au transport ou au bâtiment, le marché du recyclage est un de ceux qui peuvent se développer librement par l’offre et la demande. Il faudra cependant en « assumer » le coût. Les banques doivent soutenir financièrement les industries. L’Etat doit stimuler fiscalement l’orientation des choix stratégiques vers une écologie industrielle. Les syndicats doivent préparer la main d’oeuvre à changer de métier. Les industriels doivent oser les changements radicaux. Le succès dépend de la capacité de tous ces acteurs à s’entendre pour une réorientation massive de l’appareil productif et au consommateur/électeur à jouer son rôle d’arbitre. Il faut imaginer que demain Renault devienne le premier concepteur de voitures recyclables ET recyclées !

Finalement, dans l’économie de la rareté qui s’annonce, le risque d’un investissement sur le marché du recyclage est quasi nul. Mieux, le développement du recyclage est un moyen de faire évoluer le marché par … le marché ! Il nous pousse entre autre à redessiner nos conceptions de l’industrie. Recycler le marché par le marché du recyclage : la boucle est bouclée.

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